Gilets Jaunes 1

2018-2019

ESPOIR

 

L’hydre est un polype immortel, sa tête mille fois coupée se reconstitue. C’est parce que, depuis la nuit des temps, l’hydre est régénérée dans le ventre de chaque mère : mon fils ne sera pas n’importe qui. Voilà le dilemme ! C’est précisément le seul réel auquel il s’agît de se conformer, la seule beauté et le seul espoir qui résident dans la conciliation avec un soi véritable : non pas celui d’un Dieu, mais celui de n’importe qui.

Cet être quelconque est d’une complexité sans fin, sa richesse génétique et biologique est un miracle en soi. A l’opposé, l’être idéal est pauvre de toutes ses stéréotypies, on en a vite fait le tour, comme on a vite fait le tour d’une publicité. Malheureusement, cet être sublime et fantasmé, est celui de notre désir. L’hydre à la tête renaissante est éternelle come le désir même, mais à ce titre, elle n’est pas complètement immortelle…

Il n’est pas aisé de lui opposer un désir de fraternité, d’égalité ou d’amour ; nous voulons être grands et grand veux dire supérieur. Aussi l’hydre maudite se reproduit sans fin et sans fin, elle domine, par l’argent, la société : c’est parce que, même esclaves, nous voulons lui ressembler. Et même s’il s’agît d’une manière illusoire de mettre fin à notre volonté de puissance, même si nous ne pouvons, en une vie, venir à bout de l’inconscient, nous devons extirper ceux qui nous soumettent et nous humilient.

Nous devons les reconnaître comme une maladie mortelle de l’humain : celle ou l’homme domine l’homme.

Aussi, la lutte que nous portons, repose sur les fondements de l’esprit. Elle n’est pas une lutte des classes, mais une lutte de la psychologie. Le regard se métamorphose, lorsque l’on considère qu’un gouvernement ne protège plus l’intérêt général : les contraintes qui étaient acceptables hier, ne le sont plus. Le peuple réclame la justice. Dès lors, la classe dominante, qui a perdu son semblant de morale, apparaît au grand jour de son infamie : sa réponse n’est pas celle de l’écoute et du partage, mais celle de la répression violente, ce qui fait perdurer la violence de fait de ses privilèges. Nous comprenons alors, que notre désir de puissance s’oppose à celui de la fraternité, que l’un est l’ennemi de l’autre et qu’au milieu du fracas de la révolte nous avons trouvé le chemin même de la vie et, j’ose le dire, le chemin qui mène au bonheur. Sur cette voie qui nous soigne peu a peu de notre myopie, se dessine plus nettement le visage de l’autre. Oubliant sur les bas côtés, les parements du pouvoir, nos galons et notre chapeau, nous chantons la révolution et son carnaval de figures ; nous donnons corps à nos frères et notre corps revient au monde ; alors, sans chaussures, nous pouvons à nouveau fouler l’herbe fraîche, et au milieu des émanations des gaz lacrymogènes, respirer enfin, l’air pur de la vie.