Buriko

2008-2017

Le buste et le visage sont impassibles, inexpressifs. Des fleurs en plastique tourbillonnent sur un fond rose.

La moitié inférieure du corps développe un langage de séduction. ” Yasashiku-shite , ne ” “soyez gentil avec moi , hein ?”

Engloutis par les ruelles de la colline Dogenzaka , des hommes se perdent dans les labyrinthes des loves hotel et des sex parlors . Dans les burusera , les boutiques de culottes déjà portées , certains acquièrent des poils pubiens , de l’urine ou des fioles de salive .

La collégienne, véritable idole de la sexualité japonaise, revêt impeccablement son Seifuku ou Sailor fuku , inspiré des uniformes de l’armée de mer allemande ; sa démarche de canard boiteux révèle la fausse ingénuité de son personnage ; les jambes sont arquées , les pieds en dedans raclent le sol . Cette proie fragile et irresponsable, puérile et grotesque inonde l’imaginaire japonais d’une esthétique infantile fortement sexuée. On la nomme “bakapoi” de “baka” qui signifie “stupide ” ou encore buriko (ânesse, bourricot). L’érotisme kawai , les chibi porn ( érotisme pré-pubère ) les jeux vidéos , les mangas , les présentatrices télé , les travestis , les teen-idols , envahissent le Japon d’images codifiées et rattachées à cet infantilisme ostentatoire . Face à ce déferlement délirant de figurines et d’idoles, je me demande en quelle mesure il existe une relation entre l’art et la désinhibition sexuelle. Les deux peuvent s’entendre comme l’expression extravagante du corps et de la psyché. Un artiste inhibé serait une forme de non sens. Les crimes sexuels sont bien moindres au Japon que dans les pays qui pratiquent une censure sévère. L’imaginaire érotique, comme l’expression artistique, se développent dans la virtualité.

Je crois que la sexualité et la créativité sont reliées et qu’elles sont vouées à s’exprimer normalement dans un champ inoffensif et civilisateur.